samedi 22 février 2014

"Notre Europe" : un slogan pour tout citoyen européen


Loin des discours populistes et électoralistes, et avant de s’engager dans les débats, par ailleurs indispensables, lire E. MORIN, cette fois associé à M. CERUTI, permet de prendre le recul nécessaire pour apprécier les enjeux des prochaines élections européennes.

Le titre du livre, « Notre Europe, décomposition ou métamorphose » est déjà une invitation à prendre conscience de notre rôle et de notre responsabilité, à nous, Citoyens européens, dans la construction de l’Europe, telle que nous la souhaitons et non comme on voudrait nous l’imposer.

Cet ouvrage montre à la fois à quel point l’Etat représente un espace sécurisant et communautaire entraînant par ailleurs une uniformisation, parfois par la voie d’une purification religieuse et ethnique, et une sacralisation des frontières. Et « ce qui favorise… l’unité interne de l’Etat national l’amène à se heurter aux autres Etats ». Au contraire, l’Union européenne « n’abolit pas les frontières, elle les réinterprète et les dédramatise ». De fait, elle valorise les diversités ethniques, linguistiques, culturelles et religieuses.

Il est aussi intéressant de relever, avec ces auteurs, que les Etats sont aussi réticents à déléguer une partie de leur souveraineté à l’Union européenne qu’ils le sont à l’égard des collectivités territoriales. Ce constat doit nous faire réfléchir sur la place qui doit être attribuée à l’Etat, et par aussi à constater que « les nations européennes ne seront pas pour autant dissoutes si elles délèguent leur souveraineté pour les problèmes communs et globaux. Au contraire, elles se mettront à l’abri des ambitions nationalistes qui ont souvent été, pour elles, une cause de ruine ».  

Ils rappellent ainsi que l’Union européenne constitue désormais un espace de paix, ce qui évidemment contraste avec toutes les guerres qui ont jalonné l’histoire de l’Europe ainsi qu’avec une époque encore récente.

Mais les auteurs rappellent aussi que l’Europe traverse plusieurs crises et qu’elle est devenue une Province du monde.  Par conséquent, elle a besoin d’une défense, d’une relance et d’une réinvention de son modèle économique, civil et politique, mais aussi d’un nouveau pacte social, d’une politique énergétique et fiscale. C’est notre communauté de destin, si chère à Edgar MORIN.

 « On n’a encore jamais vu dans l’histoire se créer une conscience ou le sentiment d’un destin commun à partir de l’avenir, de ce qui n’a pas encore eu lieu…les divisions et conflits qui sont à l’origine de ses diversités (de l’identité européenne) sont devenus eux-mêmes constitutifs de cette identité ». Notre communauté de destin se construit par rapport à notre avenir, qui nous l’impose.

Tels sont les enjeux des prochaines élections européennes. Alors ne nous trompons pas de débats et ne nous méprenons pas sur les discours en tous genres. Soyons vigilants et cherchons où se trouve le véritable intérêt du citoyen. Et mobilisons-nous !

mercredi 29 janvier 2014


M. Alain LAMASSOURE, Député européen, nous a proposé de publier l'article suivant. Nous le faisons bien volontiers car il contribue à ce débat, indispensable, dans l'intérêt des citoyens. A ce titre, il s'incrit dans l'esprit du blog.

EUROPE : DONNONS LE POUVOIR AUX CITOYENS !

Quand l’Europe atteint 70% d’impopularité, toute la classe politique fait choeur : « il faut changer l’Europe ! », disent les uns, ou « il faut changer d’Europe !» s’exclament les autres. Et l’Europe est en danger. Quand le Président de la République atteint 80% d’impopularité, la conséquence logique est : « il faut changer de Président ! ». Et la France est sauvée.
Ainsi, la menace première contre l’Europe n’est ni la spéculation financière, ni la stagnation économique, ni les pressions migratoires. Elle tient à l’absence de dirigeant européen identifié comme tel et légitimé comme tel. Plus des deux tiers des règles de droit nouvelles qui s’appliquent désormais en France sont décidées à Bruxelles. La Commission européenne propose, les gouvernements et le Parlement européen disposent, mais le processus est collectif et anonyme. Faute d’un dirigeant qu’il a élu et qui est responsable devant lui, le citoyen n’a pas le moyen d’exprimer sa satisfaction, son mécontentement, ni finalement ses choix.

Or, voilà que l’occasion nous est offerte de mettre fin à cette situation inacceptable.
Car le traité de Lisbonne introduit un changement majeur : désormais, le Conseil européen devra prendre en compte le résultat des élections européennes pour proposer le nom du Président de la Commission européenne. Celui-ci était jusqu’à présent un haut fonctionnaire nommé par les gouvernements.
Il sera désormais élu par le Parlement.

Cette innovation est proprement révolutionnaire. Elle signifie que, si les partis politiques européens jouent le jeu, et annoncent à l’avance leur candidat(e), le Président de la Commission sera bel et bien élu par les citoyens eux-mêmes à travers l’élection du Parlement. Comme le sont les maires dans toutes nos villes, ou les Premiers ministres des autres pays européens : en votant pour la CDU, l’électeur allemand choisit Angela Merkel comme Chancelière, en votant pour le Parti Conservateur l’électeur anglais porte David Cameron à Downing Street, etc. Or, les partis européens l’ont compris : à gauche, à droite, au centre, chacun a annoncé sa procédure et son calendrier pour désigner son candidat. A partir de mars prochain, ces candidats vont sillonner toute l’Europe. Les grands médias préparent déjà l’organisation de leurs débats contradictoires : ce sera la première vraie campagne à l’échelle européenne. Succès de curiosité, l’audience de ces débats sera considérable. Les citoyens européens vont réaliser que, pour la première fois, les élections européennes ont un vrai enjeu politique, le seul enjeu qui compte en démocratie : le choix d’un cap, et celui du timonier qui devra le tenir. Si tout va bien, l’Union aura bientôt un « Monsieur » ou une « Madame Europe », fort(e) de la légitimité donnée par le vote de 500 millions de citoyens européens.
Le fonctionnement de l’Europe en sera bouleversé. Fini, le bouc émissaire anonyme ! A la fin de chaque Sommet européen, « Monsieur Europe » sera naturellement invité aux J.T. nationaux pour présenter et expliquer les décisions prises. Il aura des comptes à rendre, de ses réussites comme de ses erreurs. S’il réussit, il en partagera le bénéfice politique avec les dirigeants nationaux qui auront suivi ses propositions. S’il échoue, la réaction populaire spontanée ne sera plus « c’est la faute de l’Europe, il faut sortir de l’euro, de l’Union, de Schengen, etc. », mais : « ce type ne fait pas l’affaire, il faut en changer ». Et l’Europe sera sauvée.

Cela s’appelle la démocratie.


Alain LAMASSOURE
 

dimanche 19 janvier 2014

Voeux pour les citoyens de l'UE


En ce début d’année, l’heure est aux vœux. Alors, souhaitons une belle année 2014 aux citoyens européens, qu’elle soit le point de départ d’un renouveau démocratique et d’un nouvel élan pour l’Union européenne. Car la construction de l’Europe s’achemine assurément vers une transition, aussi nécessaire qu’indispensable. L’Union européenne sera citoyenne ou…

Certains rêvent d’États-Unis d’Europe, « dans lesquels les citoyens européens exerceraient réellement le pouvoir en élisant les institutions mais aussi en disposant de droits propres pour proposer ou pour s’opposer, que ce soit au niveau national ou au niveau européen, le droit de pétition suivi d’effets et la banalisation du recours au référendum doivent devenir de véritables instruments au bénéfice de nos concitoyens » (C. LEPAGE, Rassemblement Citoyen).

Oui, Etats-Unis d’Europe ou Union européenne originale comme aujourd’hui, et plus encore demain, selon un modèle nécessairement évolutif puisque ses institutions doivent sans cesse s’adapter, le citoyen doit, quoi qu’il en soit, se placer au centre de ce dispositif.

Les élections européennes devraient représenter un moment privilégié pour susciter l’intérêt des citoyens-électeurs sur le fonctionnement des institutions communautaires, de l’Union européenne elle-même, pour ses politiques, mais aussi sur l’avenir et les enjeux de cette dernière. C’est le rôle des médias et des politiques.

Au contraire, Bruxelles nous semble plus loin que les Etats-Unis et les institutions européennes un peu plus étrangères que l’ONU ou le FMI ! Un comble si on se rappelle l’engouement suscité par la Communauté européenne jusqu’au début des années 1990. De rêves en espoirs, de débats en colloques, même télévisés, l’Europe semblait accessible. Et compréhensible. Puis les temps ont changé : l’Union européenne s’est éloignée du citoyen. Il est évident que cet éloignement n’est pas naturel. Peut-être pas volontaire, et encore c’est discutable, mais il s’agit bien de la conséquence d’une désaffection du sujet par les politiques, et certains médias, qui ont complexifié l’Europe et orienté les débats à un niveau national. A tort !   

Il est temps de replacer le citoyen au centre de l’Europe, et l’Union européenne au sein du monde. Les élections européennes doivent incarner cette promesse et les candidats connaître l’Europe, la comprendre, voire l’aimer. Il n’est pas acceptable de voir des têtes de liste démissionner aussitôt élues afin de conserver leur fonction nationale, ou, a contrario, des politiques apparaître sur des listes pour rebondir ou seulement exister. C’est un mépris pour l’Europe et pire, pour le citoyen.

Le député européen doit être connu de ses électeurs, leur rendre compte de ses actes, partager avec eux et, mieux, les faire participer à sa vie parlementaire. Ce ne sont pas de vains mots. Il s’agit d’un véritable engagement qui ne peut rester lettre morte sous peine d’être déjugé par la suite par ceux-là même qui leur ont accordé leur confiance. Mais c’est déjà tout un programme…

lundi 30 décembre 2013

L'Europe, sous l'impulsion du Pape ?


La Journée mondiale de la Paix, le 1er janvier 2014 sera placée sous le sceau de la Fraternité, si chère au Pape François. Le franc-parler de celui-ci, sa ferveur, son énergie ne passent pas inaperçus. Il joint la parole aux actes via son engagement de longue date.

Son discours, qui paraît faussement à rebours de la marche actuelle du monde, touche pourtant le plus grand nombre car son constat semble juste. Beaucoup se reconnaissent dans la « mondialisation de l’indifférence », les combats dans le domaine économique et financier provoquant la destruction de vies, des familles et d’entreprises. Il prône un partage intelligent des richesses et surtout en appelle à « des citoyens responsables ».

Il déclare ainsi que « le nécessaire réalisme de la politique et de l’économie ne peut pas se réduire à un technicisme privé d’idéal qui ignorerait la dimension transcendante de l’homme. Sans cette ouverture, l’activité humaine s’appauvrit, la personne est réduite à un objet à exploiter… ».

Son discours dépasse largement les religions. C’est pour cette raison que son message résonne autant et que sa popularité est si importante. Il touche les foules et, bien plus, parle au plus profond de nous-mêmes, quelles que soient les croyances, les origines ou les pays, ces derniers ayant aussi, selon le Saint-Père leur propre responsabilité. Il a un discours fédérateur, nouveau pour notre époque qui ne peut laisser indifférent.

Ce souffle nouveau, qui animera la Journée mondiale de la Paix, pourrait être l’occasion de formuler le même vœu à l’égard des Etats et des citoyens européens, et de voir ainsi émerger une responsabilité individuelle et collective dans ce destin européen qui appelle un nouvel élan, dont les élections européennes de 2014 seront un indicateur instructif.

dimanche 22 décembre 2013

Quelques réflexions sur les députés européens par... D. COHN BENDIT

La chronique de Daniel COHN BENDIT sur Europe 1 cette semaine, qui portait sur les élections des prochains députés européens, ne manquait vraiment pas de saveur. Et il faut bien avouer qu'il connaît bien cet environnement.

Il constate ainsi avec effroi que les élections européennes représentent aussi un parfait point de chute pour des candidats en mal de reconnaissance, et dont l'intérêt pour l'Europe est pour le moins flou ou très intéressé. On taira les noms sur lesquels il est inutile de s'attarder. Il critique les emplois fictifs puisque nombre de ces députés ne siègeront finalement que quelques jours. Et, bien entendu, ils seront élus puisque leur place privilégiée sur les listes ne laisse aucune incertitude sur leur élection.
On les entendra certainement un peu sur le sujet, mais sans véritable conviction, en tout cas sans idée neuve, c'est certain.

Et c'est dommage aussi car cette idée de l'Union européenne ne mérite pas ce traitement. C'est un affont aux Pères Fondateurs, à tout ce qui a été entrepris par ceux qui ont suivi, parfois dans la douleur, enfin à tous les citoyens, français et européens, qui attendent des décisions neuves, constructives, sortant des schémas classiques, des sentiers battus, dont chacun sait qu'il faut sortir. Bien entendu, certains refusent cette idée, d'autres ne voient rien et d'autres encore en ont peur.

Le changement s'opèrera évidemment avec des hommes politiques visionnaires et courageux. Mais cette évolution ne verra pas le jour sans les citoyens, conscients de leur rôle et  de leur place, qui doivent prendre une part importante et impulser ce mouvement novateur.

mercredi 18 décembre 2013

Et à l'Est... l'Ukraine !


L’Ukraine est au bord de la banqueroute. L’accord d’association conclu le 18 septembre avec l’Union européenne n’a pas permis de rassurer les dirigeants politiques du pays. Et aucune stratégie en vue pour sortir de la crise. Et ce n’est pas ceux qui servent de fusibles, comme le ministre de l’Intérieur, qui permettront de régler le problème.

Les évènements récents qui se déroulent encore dans ce pays démontrent que celui-ci est à la croisée des chemins pour déterminer son avenir.

Les Etats-Unis ont fini par réagir assez durement à l’égard du gouvernement ukrainien. Mais ces derniers sont ne sont manifestement pas à l’aise face à cette situation et verrait d’un bon œil une éventuelle association entre la Russie et l’Union européenne. Dans l’intérêt de qui au fait ?

Aujourd’hui, la Russie exerce moins de pression à l’égard de l’Ukraine, en vantant néanmoins les mérites d’une union douanière, c’est-à-dire une zone de libre-échange, où la Russie serait à la baguette et dans laquelle on retrouve notamment la Biélorussie et le Kazakhstan. Cette proposition fait écho à l’accord d’association entre l’Ukraine et l’Union européenne. Si ce rapprochement est important, il ne faut pas pour autant céder à la politique du plus offrant entre la Russie et l’Union européenne. Ainsi, le 17 décembre 2013, la Russie a décidé d’investir près de 11 milliards d’Euros en Ukraine, sans contrepartie officielle, avec des promesses de distribution de gaz évidemment très intéressantes.

Si l’ouverture de l’Union européenne à l’Est reste souhaitable et même nécessaire, malgré le déplacement inéluctable du centre de gravité de l’Europe (mais c’est un autre sujet), tout comme elle doit l’être vers le Sud, elle ne doit pas se faire à n’importe quelle condition. Il convient tout d’abord de prévoir une base solide de réciprocité. Il faut aussi des interlocuteurs stables et fiables. L’absence de Ioulia Tymochenko est à déplorer, et plus encore la relative indifférence qui l’entoure. C’est dommage, car elle représente une opposition pro européenne crédible et intelligente.  

Il faut donc progresser dans ce rapprochement, et surtout l’approfondir pour qu’il en résulte un avenir prometteur.

mercredi 4 décembre 2013

Plaidoyer pour une ouverture des esprits et une responsabilité individuelle et collective


Les propos entendus ou écrits sur la ministre de l’Intérieur, Mme TAUBIRA, sont évidemment diffamants et condamnables à l’égard d’une femme  dont il convient de louer, pour l’avoir entendue à plusieurs reprises lors d’assemblées pourtant non acquises à sa cause, le charisme, la force de travail et l’intelligence. Bien entendu, chacun a le droit d’être en désaccord sur le fond et il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire mais ce n’est pas le propos. Inutile également de surajouter à tout ce qui a été dit pour manifester notre plus grande désapprobation. Plus précisément, c’est l’occasion d’apporter quelques éclairages.

Tout d’abord, force est de reconnaître que ce n’est pas le Garde des Sceaux qui est visé en raison de sa politique mais bel et bien la femme. Ce qui est encore plus inacceptable. De plus, la soirée de gala organisée à son profit relève d’une bonne action mais il faut revenir aux vraies causes du problème.

Qu’est-ce qui nous différencie les uns des autres ? La couleur de peau ? la langue ? En définitive, il faut bien admettre que tous les prétextes sont bons pour se distinguer des autres et pour affirmer une prétendue supériorité. Ce sont toujours les mêmes discours séparatistes et provoquants, conscients et inconscients, distillés plus ou moins subtilement par les Etats, en Europe notamment, se déclinant parfois dans certaines régions, villes, quartiers, puis aux familles et aux individus eux-mêmes. De l'individu à l'Etat il n'y a parfois qu'un pas...

Malgré tous les efforts déployés par l’Union européenne (et notamment la Cour de Justice et la Cour européenne des droits de l’Homme) pour logiquement ouvrir les frontières dans le cadre de la libre circulation des personnes, dans l’esprit des Pères fondateurs et de leurs successeurs, ces dernières années nous montrent, au contraire, que les Etats de l’Union européenne n’échappent toujours pas à cette dure réalité où la défiance, pour ne pas dire le mépris mais plus sûrement l’incompréhension continuent d’éloigner les peuples d’Europe les uns des autres, donc le citoyen européen de lui-même et c’est bien le paradoxe. L’ouverture des frontières roumaines et bulgares au 1er janvier 2014 relance la polémique, notamment en Allemagne qui a pourtant besoin de main d’œuvre, certes qualifiée, pour répondre à la demande de son marché du travail. Evidemment, la crise économique explique l’immigration massive.

Encore une fois, c’est la peur qui est mauvaise conseillère dans ce domaine. Bien entendu, il faut réguler l’immigration mais il est illusoire, et critiquable, de vouloir empêcher tout mouvement de population. Il faut du courage politique (davantage que pour brandir la haine) pour soumettre des propositions constructives à l’échelle européenne, comme l’aide interactive au développement des Etats émigrants, des formations professionnelles adaptées ou des mesures de répartitions géographiques réfléchies.